Sixième soirée des Diamants du CHU de Québec

Le 6 novembre 2019 avait lieu la sixième soirée des Diamants du CHU de Québec – Université Laval. Félicitations au chercheur principal de VisezEau, Michel Lucas, docteur en épidémiologie nutritionnelle, qui s’est vu décerner le Diamant recherche, pour la catégorie Relève !

 

Plomb dans l’eau: les meilleures façons avec des experts de VisezEau

Le

Article écrit par Marco Bélair-Cirino, Annabelle Caillou, Mylène Crête

Détection du plomb dans l’eau: le Québec adoptera la méthode de Santé Canada

« [La ministre de la Santé], Danielle McCann, va s’assurer que partout les tests soient faits correctement, comme le recommande Santé Canada », a déclaré le premier ministre, François Legault, à la sortie du Conseil des ministres mercredi. Une annonce qui survient sept mois après la publication des recommandations par l’organisme fédéral.

M. Legault s’est tout de même voulu rassurant, affirmant que « jusqu’à preuve du contraire, oui, c’est sécuritaire [de boire de l’eau], a-t-il dit. Maintenant, on ne veut pas prendre de chances. »

Une enquête du Devoir, des étudiants de l’Institut du journalisme d’enquête de l’Université Concordia et de Global News a révélé mercredi que les méthodes utilisées pour mesurer le plomb dans l’eau potable des Québécois camouflent des concentrations élevées et potentiellement dangereuses pour la santé.

Le Québec est la seule province à exiger des municipalités qu’elles laissent couler l’eau cinq minutes avant de prélever les échantillons pour les tests, une méthode qui sous-estime les résultats. Santé Canada préconise plutôt un échantillonnage après 30 minutes de stagnation pour obtenir le niveau moyen d’exposition au plomb.

 La question, c’est pourquoi, depuis plus de 10 ans, les gouvernements ont ignoré les recommandations de Santé Canada, les uns après les autres

Mais pourquoi le Québec prend-il autant de temps à adopter la méthode de Santé Canada ? « Moi aussi, je me suis posé la même question ce matin, a reconnu M. Legault. »

Un an pour tester les écoles

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a pour sa part donné une année aux directions d’écoles pour tester la qualité de l’eau et, au besoin, « corriger la situation », tout en reconnaissant qu’il s’agit d’un échéancier « optimiste et ambitieux ».

Le réseau scolaire devra lui aussi suivre les recommandations de Santé Canada. « Évidemment, on n’attendra pas que l’eau coule pendant trois, quatre, cinq, dix minutes avant de tester l’eau. On va tester l’eau dès la première goutte pour être un peu en situation réelle, lorsque les jeunes arrivent le matin », a-t-il dit, précisant avoir discuté des « meilleures façons » de s’y prendre avec des experts du projet de recherche VisezEau.

Plomb dans l’eau : Québec ordonne une vérification dans toutes les écoles

Article écrit par Martin Croteau le 08 octobre 2019 dans La Presse

Une enquête de La Presse en collaboration avec l’Université de Montréal a révélé que quatre des 24 échantillons d’eau récoltés dans des écoles primaires du Grand Montréal dépassent le taux recommandé par Santé Canada. Dans un cas, l’eau contenait sept fois plus de plomb que ne le recommande le gouvernement fédéral.

M. Roberge a assuré mardi qu’il n’y aura « aucun compromis » sur la sécurité des enfants. Il a émis une directive pour exiger que chaque école vérifie ses fontaines d’eau.

« On va exiger que toutes les sources d’eau dans nos écoles soient évaluées, qu’on évalue la qualité de l’eau qui est offerte dans toutes nos écoles », a résumé le ministre.

« Si on voit qu’il y a des dépassements des normes, on va demander à ce que soient condamnées ces sources d’approvisionnement et on va donner de l’eau qui est saine aux élèves. »

L’examen devrait être « assez rapide », a indiqué M. Roberge, sans toutefois préciser quand il sera complété.

Comment se fait-il qu’on trouve du plomb dans les fontaines d’eau des écoles ? Le ministre a lancé la pierre aux gouvernements précédents.

« On a des infrastructures municipales et scolaires qui sont très, très vieilles, a-t-il dit. On a eu des années et des années de négligence. Des fois, en arrivant au gouvernement, j’ai l’impression d’avoir acheté une maison avec des vices cachés et avec des propriétaires négligents. »

Plus tôt cet été, Le Devoir a fait état d’un rapport de l’Institut national de Santé publique du Québec (INSPQ) selon lequel le niveau de plomb dans l’eau des écoles et garderies pourrait avoir des effets sur le quotient intellectuel des enfants.

Lundi, Le Soleil a révélé que l’eau potable dans certaines écoles de Québec présente des concentrations de plomb « significativement élevées ».

Selon le chef du Parti libéral, Pierre Arcand, le ministre Roberge aurait dû ordonner des vérifications dès ce moment.

« Cette question des abreuvoirs, je crois avoir vu des nouvelles là-dessus au mois de juillet, a-t-il noté. Le ministre devait réagir dès le mois de juillet sur cette question. Pourquoi faut-il encore une fois attendre plusieurs mois quand ça fait encore une fois la manchette qu’on puisse réagir sur cette question ? »

La députée du Parti québécois, Véronique Hivon, estime que la vérification ordonnée par le gouvernement caquiste est un premier pas. Elle souhaite cependant que Québec aille plus loin.

« C’est une chose d’envoyer une directive, a déclaré la députée péquiste. Je demande au ministre que les moyens suivent pour qu’on soit capables de faire ces examens, qu’on soit capables de faire les travaux rapidement et qu’il y ait des mesures de mitigation si on n’est pas capable de faire ça à très court terme. »

La co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, a qualifié de « fou » l’état des abreuvoirs dans les écoles. Elle a pressé le gouvernement Legault de remédier à la situation au plus vite.

« Ce sont nos enfants qui sont, par manque d’entretien, sont soumis à un haut taux de plomb comme ça, a dit Mme Massé. Ça n’a pas de bon sens. C’est bon de faire l’état de la situation, mais j’espère qu’il va agir au fur et à mesure, et non pas attendre le rapport dans quelques mois et ensuite agir. »

Source: La Presse

L’impact de la qualité de l’eau sur la consommation d’eau potable non embouteillée, un enjeu au cœur des interventions de VisezEau

 Québec, le 8 octobre 2019 – La présence de plomb dans l’eau des écoles québécoises est questionnée sinon démontrée actuellement[i]. Pour VisezEau qui œuvre pour que l’eau potable, un bien commun, soit le choix numéro un des humains, l’enjeu de la qualité de l’eau est majeur. C’est pourquoi l’Expérimentation du projet d’intervention VisezEau à l’école qui s’amorce dans 36 écoles primaires (13 400 élèves) de la grande région de Québec intègre l’installation de fontaines dotées de filtres certifiés pour retirer le plomb. Pourquoi ? Justement pour s’assurer de la qualité de l’eau (chimique et organoleptique) dans les écoles où cette intervention se déploie de 2019 à 2022.

 

En février 2019, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) publiait un rapport[ii] dont les recommandations étaient les suivantes : « En vue d’appuyer la gestion de ce risque, l’INSPQ suggère aux instances concernées d’en apprendre davantage sur les niveaux de contamination de l’eau par le plomb dans les écoles et les garderies du Québec ; de favoriser des projets pilotes de surveillance de la qualité de l’eau dans ces établissements et de concevoir des outils afin que les professionnels des directions de santé publique puissent conseiller adéquatement les parties concernées, incluant la population. »

 

Initialement VisezEau à l’école intégrait ces actions relatives à l’évaluation de la qualité de l’eau. Mais comme ce projet est avant tout axé sur l’acquisition de saines habitudes de vie, le volet « qualité de l’eau » s’avérait un volet périphérique qui ne cadrait pas avec les orientations du programme. Un positionnement qui a mené les chercheurs de l’INSPQ, de la Chaire industrielle CRSNG en eau potable Polytechnique Montréal et de la Chaire de recherche en eau potable de l’Université Laval à se retirer, leur expertise n’étant plus sollicitée dans le cadre de ce projet financé via le Plan d’action interministériel (PAI) de la Politique gouvernementale de prévention en santé (PGPS). VisezEau à l’école veille donc à la qualité de l’eau grâce aux filtres des fontaines installées dans les écoles du projet.

 

Le chercheur principal de VisezEau, Michel Lucas, docteur en épidémiologie, professeur agrégé au Département de médecine sociale et préventive de l’Université Laval ; chercheur au CHU de Québec – Université Laval et chercheur invité Harvard T. H. Chan School of Public Health, considère que « La promotion de l’eau non embouteillée ne peut se faire sans l’assurance d’une eau de qualité et la mise en place d’environnements favorables à sa consommation. Il faut arrêter d’être en mode réaction et être proactif. C’est essentiel à l’éducation à la santé durable des générations futures. »

 

Les initiatives pour évaluer et mesurer la qualité de l’eau ne peuvent qu’être encouragées et soutenues selon lui. « Malheureusement, on travaille trop souvent en réaction au lieu de travailler en prévention. Résultat… tout le monde va croire que l’eau des écoles est contaminée au plomb, alors que ce n’est pas le cas pour toutes les écoles, mais seulement pour une minorité. Cependant, on a le devoir de mettre en place des méthodes pour les identifier et solutionner ces cas problématiquesMalheureusement, c’est encore la perception de l’eau potable non embouteillée qui sera perdante! » conclut le docteur Lucas.

 

À propos de VisezEau

VisezEau est un mouvement dont la principale mission est de rendre l’eau potable plus accessible, plus attrayante et mieux publicisée, et ce, préférablement à l’eau embouteillée et aux boissons contenant du sucre. VisezEau se distingue avec son groupe d’experts multidisciplinaires de chercheurs, de professeurs et d’universitaires des universités Laval, Polytechnique Montréal, Sherbrooke, Toronto, Waterloo, Massachusetts à Amherst et Harvard. VisezEau agit comme catalyseur en mettant en place des initiatives basées sur le plaisir expérientiel ainsi que sur la recherche et la création d’environnements favorables au bien-être des personnes et à la santé de la nature.

 

SOURCE         Thérèse Lafleur, coordonnatrice des relations publiques, VisezEau

418.803.1280 – info@visezeau.org


[i] Du plomb dans l’eau dans les écoles de Québec, Baptiste Ricard-Châtelain, 7 octobre 2019, Le Soleil

Écoles québécoises, trop de plomb dans l’eau, Caroline Touzin, 8 octobre 2019, La Presse

Nos écoles ont du plomb dans l’eau, Améli Pineda, 11 juillet 2019, Le Devoir

 

[ii] Institut national de santé publique du Québec (INSPQ. Présence de plomb dans l’eau des écoles et des garderies : importance du risque et pertinence d’une surveillance à chaque point d’utilisation. 8 mars 2019. https://www.inspq.qc.ca/publications/2550

 

Eau contaminée: Legault est préoccupé, mais pas alarmé

Article écrit par Annabelle Caillou le

Même s’il se dit « préoccupé » par les niveaux élevés de plomb dans l’eau potable de certaines écoles et garderies du Québec, le gouvernement Legault ne compte pas apporter de modification à la réglementation sur l’évaluation de la qualité de l’eau pour le moment.

« C’est une situation préoccupante », a déclaré jeudi le premier ministre, François Legault, en marge du Conseil de la fédération à Saskatoon. Il a précisé qu’il avait mandaté ses ministres de la Santé et de l’Éducation pour qu’ils surveillent « de très près la situation dans les écoles concernées ». « Au cours des prochains jours, on va être capables de déterminer s’il y a un risque pour les enfants. Évidemment, c’est zéro tolérance. »

S’appuyant sur un récent rapport de l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ), LeDevoir a révélé jeudi que la quantité de plomb dans l’eau de certaines écoles et garderies de la province était assez importante pour avoir des effets sur le quotient intellectuel (QI) des enfants. D’après le rapport, 3 % des 436 établissements testés (soit 15) entre 2013 et 2016 dépassaient la norme actuelle de 10 microgrammes par litre, certains enregistrant jusqu’à 350 microgrammes par litre. Les auteurs font aussi mention « d’un portrait parcellaire », en raison de données limitées.

Statu quo

Le gouvernement ne compte pas pour autant changer la réglementation québécoise sur l’eau potable. Celle-ci exige des municipalités des prélèvements sur un robinet seulement, et non sur l’ensemble de ceux de l’établissement testé.

Une nouvelle recommandation de Santé Canada suggère pourtant « de surveiller la teneur en plomb total au moins une fois par année, à chaque fontaine d’eau potable ou à chaque robinet d’eau froide où l’eau est utilisée pour la consommation ou la préparation d’aliments » dans les écoles et les garderies. L’organisme fédéral conseille aussi d’abaisser la norme de plomb acceptable à 5 microgrammes par litre.

« Il faut tout tester. On a de très vieilles écoles, avec de mauvais robinets, mais on n’oblige absolument personne à mesurer le plomb à chaque robinet. Ça n’a aucun sens », s’offusque pour sa part Michèle Prévost, titulaire de la Chaire industrielle CRSNG en eau potable de Polytechnique Montréal.

Plusieurs provinces et territoires ont d’ailleurs déjà adopté les recommandations de Santé Canada. En 2012, le Nouveau-Brunswick a testé chaque fontaine d’eau dans les écoles de la province pour en déterminer le taux de plomb. La province s’est occupée des fontaines problématiques et les responsables de la santé publique ont jugé inutile de refaire d’autres tests.

L’été dernier, le Yukon a lancé un programme pour prélever des échantillons de toutes les fontaines et de tous les robinets des écoles construites avant 1990, afin d’en remplacer et d’en refaire 162 au total.

Un processus limité ?

Contactés par Le Devoir, les ministères de la Santé, de l’Éducation, de la Famille et de l’Environnement se montrent sceptiques quant à cette idée. Ils sont d’accord pour affirmer que « la situation est inquiétante » mais estiment que l’heure reste à la discussion et à l’évaluation des « options ».

« Nous devons nous assurer que les efforts fournis soient raisonnables et justifiés en tenant compte des préoccupations de santé publique et du faible risque que les enfants soient exposés à des concentrations élevées de plomb dans l’eau des écoles et des garderies du Québec », a expliqué le ministère de la Santé.

Car la situation reste complexe à évaluer, renchérit Patrick Levallois, médecin spécialiste en santé publique à l’INSPQ. Il explique que le même robinet évalué à différents moments peut donner des résultats très différents. « Avoir une réponse pour chaque robinet, théoriquement c’est mieux. Mais cette réponse sera partielle. Après ça, on entre dans une spirale d’investigations qui est demandante et qui peut donner des résultats limités. […] On va faire plus de surveillance, on va détecter plus de faux positifs, et donc dégager des ressources pour des problèmes qui n’en n’étaient pas. »

M. Levallois préconise plutôt de tester différentes façons d’évaluer la quantité de plomb dans l’eau potable dans les zones jugées plus à risque. Il espère néanmoins que le gouvernement accélérera la cadence, notant l’importance de détecter les établissements problématiques. « Les ministères de l’Environnement, de la Santé, de la Famille, les écoles, les commissions scolaires… plusieurs personnes ont une responsabilité dans ce dossier, dit-il. Mais quand on parle de mettre sur pied des projets pilotes, il faut que quelqu’un finisse par prendre l’initiative. »

M. Levallois avait d’ailleurs exprimé son inquiétude par le passé, dans le cadre d’autres recherches sur le sujet. « Pour le cas des écoles, leur impact est probablement très faible, mais il reste qu’il est difficile de laisser distribuer de l’eau qui ne respecterait pas les normes en vigueur », a-t-il écrit dans un échange de courriels obtenus par LeDevoir grâce à la Loi sur l’accès à l’information. Il précisait dans un autre courriel « que même une faible contamination peut avoir un impact sur la plombémie des jeunes enfants consommant une telle eau ».

« Solution simple »

« Le plomb a des effets irréversibles ! Éthiquement, c’est notre devoir de mesurer adéquatement le plomb dans l’eau de nos écoles », soutient Michèle Prévost, de Polytechnique Montréal. Et pour la professeure, la solution est simple : il existe un test au coût de 8 $. « Dans près de 95 % des cas, le problème se situe dans les 50 derniers centimètres avant le robinet. Si le test est positif et qu’il y a du plomb, on peut alors remplacer le robinet ou la fontaine et régler le problème. »

 C’est de notre devoir de mesurer adéquatement le plomb dans l’eau de nos écoles

C’est l’option pour laquelle a opté Simon Piotte, membre de la direction de deux centres de la petite enfance (CPE) de Montréal, situés dans Villeray et dans Pointe-aux-Trembles. Il compte tester la dizaine de robinets de chacun de ses établissements la semaine prochaine. Même si rien ne laisse présager que ses CPE font partie des 3 % de l’étude de l’INSPQ, M. Piotte ne pouvait vivre dans le « stress de ne pas savoir ». « Notre clientèle est vulnérable. C’est normal de faire cette vérification pour elle, et pour les parents. »

Secoué par la nouvelle publiée par Le Devoir jeudi, M. Piotte s’est dit surtout « heureux » d’apprendre l’existence d’un tel test à un coup raisonnable. « On manque d’informations dans le milieu, dit-il. On ne connaissait pas le portrait de la situation, ni l’existence de solutions à notre portée. »

Dans la foulée de la publication du rapport de l’INSPQ, à la mi-juin, le ministère de la Famille a transmis une lettre aux responsables des services de garde de la province pour « les sensibiliser à la présence du plomb dans l’eau ». Mais la note les invitait uniquement à contacter leur municipalité pour répondre à leurs questions.

Avec Marco Bélair-Cirino

Source: Le Devoir

Nos écoles ont du plomb dans l’eau

Article écrit par Améli Pineda le

Le niveau de plomb dans l’eau de certaines écoles et garderies du Québec serait assez significatif pour avoir des effets sur le quotient intellectuel (QI) des enfants, prévient un récent rapport de l’Institut national de Santé publique du Québec (INSPQ) qui, devant « un portrait parcellaire » de la situation, recommande au gouvernement de mieux documenter la problématique.

Ce constat survient alors que les enfants sont de plus en plus encouragés à boire moins de boissons sucrées et à éviter de boire de l’eau embouteillée.

Intitulé « Présence de plomb dans l’eau des écoles et garderies : importance du risque et pertinence d’une surveillance à chaque point d’utilisation », cet avis souligne que le nombre d’établissements scolaires testés demeure non seulement limité, et déplore également que les méthodes de prélèvements utilisées ne sont pas celles qui donnent de pleines mesures.

De 2013 à 2016, la présence de plomb dans l’eau a été testée dans 308 écoles et 128 garderies selon des données du ministère de l’Environnement. Dans 15 de ces établissements, un dépassement de la norme actuelle de 10 microgrammes par litre a été observé, soit environ 3 % des bâtiments échantillonnés. Les concentrations hors normes se situent entre 12 et 350 microgrammes par litre. Les écoles et leur région ne sont pas identifiées dans les documents.

Cette proportion grimperait à 8,5 %, soit 37 établissements, si on suivait la recommandation de Santé Canada d’abaisser la norme à 5 microgrammes par litres.

« La surveillance de l’eau dans les écoles et les garderies est réglementée, mais demeure limitée et, de ce fait, ne procure qu’un portrait parcellaire de la situation », note le rapport.

La réglementation actuelle n’exige des prélèvements que sur un robinet et non l’ensemble de ceux de l’établissement testé. Qui plus est, celui-ci est recueilli après 5 minutes d’écoulement, ce qui ne permet pas de mesurer les élévations potentielles de concentration lors de la libération du plomb après une stagnation d’eau, souligne le document rédigé notamment par le groupe scientifique sur l’eau de l’INSPQ. « Un prélèvement après 5 minutes d’écoulement sous-estime très certainement le niveau d’exposition au plomb présent dans l’eau potable de ces établissements », soulignent les auteurs, ajoutant que la tester dès le premier jet pourrait entraîner une hausse des taux dans certains établissements.

Scénarios hypothétiques, mais réalistes

En raison de la rareté des données québécoises, l’analyse des risques a dû reposer principalement sur les niveaux de contamination de l’eau observés dans d’autres provinces canadiennes.

Une modélisation a par la suite été effectuée à travers quatre scénarios d’expositions au plomb, des scénarios qualifiés d’« hypothétiques, mais réalistes de l’exposition au plomb des jeunes enfants ».

 C’est inadmissible qu’on encourage les enfants à boire plus d’eau, mais qu’on n’en vérifie pas la qualité

D’après le rapport, les résultats obtenus suggèrent que, dans un nombre restreint d’écoles et de garderies, où l’eau est contaminée par le plomb, une perte de 1 à 3 points de QI pourrait être observée en moyenne chez les nourrissons, et de 2 points de QI en moyenne chez les enfants de 1 à 6 ans. Chez les enfants les plus exposés, elle pourrait même atteindre 7 points de QI pour les nourrissons, et 4 points pour les 1 à 6 ans.

« Quand on regarde ces données-là, on voit que généralement, les niveaux sont faibles, mais dans certaines écoles et garderies, il peut y avoir des concentrations plus élevées qui, compte tenu des limites de notre étude, ne nous permettent pas de conclure à un risque, mais nous permettent de dire qu’il y a un potentiel de risque qui mérite qu’on creuse le problème », explique Patrick Levallois, médecin spécialiste en santé publique qui coordonne le groupe scientifique sur l’eau.

Celui-ci rappelle que bien qu’on ne connaisse pas précisément l’état de la situation dans les écoles et garderies du Québec, le portrait demeure rassurant selon les données actuelles.

« Puisqu’on parle d’établissements qui délivrent de l’eau à des jeunes enfants possiblement vulnérables, c’est pour ça qu’on fait des recommandations de continuer à mieux connaître la situation », dit-il.

C’est justement la raison pour laquelle les recommandations auraient dû être plus fermes selon Michèle Prévost, titulaire de la Chaire industrielle CRSNG en eau potable de Polytechnique Montréal.

« C’est inadmissible qu’on encourage les enfants à boire plus d’eau, mais qu’on n’en vérifie pas la qualité […] Éthiquement ça me pose un problème, les parents veulent savoir si l’eau qu’on donne à leurs enfants est conforme au niveau du plomb », fait-elle valoir.

Selon la spécialiste en eau potable, il n’en coûterait que quelques dollars pour analyser efficacement chaque robinet d’école. « Ça prend 10 minutes mesurer du plomb et ça coûte 8 $. On mesure, on analyse, puis si ça ne marche pas, on va acheter un nouveau robinet ; ce n’est pas plus compliqué que ça », assure-t-elle.

Elle insiste sur l’obligation des autorités gouvernementales de protéger les enfants et de leur offrir une eau de qualité. « De la même façon qu’on n’accepterait pas qu’il y ait des niveaux de moisissures dans une classe mais pas dans l’autre, on ne veut pas accepter que le niveau de plomb dans une des fontaines ou un des robinets soit plus élevé que dans les autres », indique-t-elle.

De son côté, M. Levallois rappelle que l’INSPQ doit justement être vigilant et déclencher des actions lorsque les données demeurent limitées. « Avant de faire le traitement, il faut faire le diagnostic et en ce moment, on ne l’a pas », conclut-il.

Regard sur… VisezEau® : privilégier la consommation d’eau potable non embouteillée

Source: Infolettre de la recherche clinique au CHU de Québec-Université Laval

Le programme VisezEau® est issu de la collaboration d’une équipe multidisciplinaire d’experts et vise à contribuer aux environnements favorables à la santé et à la protection de l’environnement. Cet important projet de recherche interventionnel compte quatorze chercheurs de cinq universités (Laval, Montréal, Polytechnique, Waterloo et Harvard) qui se sont regroupés pour mettre sur pied une intervention dans trois commissions scolaires du Québec. Six de ces chercheurs font d’ailleurs partie du CRCHU : Dr. Michel Lucas (chercheur principal désigné), Dr. Richard Bélanger, Dre. Sylvie Dodin, Dr. Slim Haddad, et Dr. Patrick Levallois, tous de l’axe SPPOS, ainsi que Dr. Stéphane Bolduc, de l’axe Médecine régénératrice.

Le programme VisezEau® a pour but principal de normaliser la consommation d’eau potable non embouteillée comme seul breuvage nécessaire à l’hydratation, c’est-à-dire de faire en sorte qu’elle constitue le choix par défaut, qu’elle soit plus accessible et mieux publicisée. Le programme vise également à dénormaliser la consommation de boissons contenant du sucre (par exemple, les jus de fruits et les boissons sucrées telles que les boissons gazeuses) et l’eau embouteillée. Ces stratégies favorables à la santé humaine et environnementale permettent d’assurer une valorisation et une utilisation optimale de l’eau potable non embouteillée.

L’intervention VisezEau® consiste en une approche scolaire et à domicile visant à améliorer l’accès et l’éducation relative à l’eau. L’objectif principal de cette intervention est de tester l’efficacité de VisezEau® , une intervention multi-niveaux (école et maison) ayant pour objectif de prévenir le surpoids chez les jeunes du primaire du Québec.

Bien que des mesures de poids (via la biométrie, InBody 770) soient prises avant, pendant et à la fin de l’intervention, les chercheurs ont porté une attention particulière sur la méthode utilisée pour objectiver le poids, afin que le tout se fasse sans stigmatisation. Ainsi, le seul résultat que les chercheurs fourniront directement aux enfants sera leur pourcentage d’eau corporelle, à l’aide d’un pictogramme affichant l’étendue du pourcentage d’eau dans le corps humain. Il s’agit là d’un moyen jugé à la fois amusant et éducatif pour les enfants.

Lire la suite dans l’Infolettre de la recherche clinique au CHU de Québec-Université Laval

Pour que l’eau non embouteillée soit le choix le plus simple

Le projet VisezEau® vient de recevoir une subvention de 1,5 M$ dans le cadre du Plan d’action interministériel de la Politique gouvernementale de prévention en santé.

Ce projet, qui réunit 14 chercheurs œuvrant dans 5 universités, vise à normaliser la consommation d’eau potable et à dénormaliser celle des boissons sucrées chez les jeunes fréquentant l’école primaire.  

L’intervention inclut plusieurs volets, dont l’installation d’abreuvoirs modernes et attrayants, un programme éducatif transversal, ainsi que la sensibilisation du milieu familial.  

VisezEau® s’échelonnera sur une période de 36 mois et sera mis en place dans 36 écoles de 3 commissions scolaires : celles de Portneuf et des Appalaches ont déjà donné leur accord. Cette première phase devrait rejoindre environ 3600 élèves et leur famille et permettre d’évaluer la pertinence d’un déploiement élargi dans l’ensemble du Québec.

« Si nous avons réussi à normaliser les espaces sans fumée, pourquoi ne pourrions-nous pas créer des environnements où l’eau du robinet non embouteillée s’impose comme le choix le plus facile et le plus agréable?  » souligne Michel Lucas, chercheur principal du projet VisezEau®.  

De plus en plus d’universités retirent l’eau embouteillée de leur campus

 L’eau embouteillée, dont les ventes augmentent sans cesse, coûte au moins 1000 fois plus cher que l’eau du robinet, et la majorité des bouteilles en plastique se retrouvent dans les sites d’enfouissement plutôt qu’au recyclage.

Voilà deux des arguments qui ont mené l’université de Winnipeg à retirer les bouteilles d’eau de son campus dès 2009. Depuis, plus de 20 universités et collèges ont emboîté le pas à cette institution, dont, au Québec, l’Université de Sherbrooke (2011) et l’Université Concordia (2012).

Tout récemment, à l’occasion de la Journée mondiale de l’eau 2018, l’Université McGill et l’Université du Québec à Rimouski ont également annoncé un retrait progressif des bouteilles d’eau sur leur campus. De son côté, la Faculté de médecine de l’Université Laval a annoncé l’arrêt immédiat de tout achat d’eau en format 18 litres pour refroidisseurs dans ses différentes unités.

Il existe même un site internet qui répertorie les institutions d’enseignement étant passées à l’action au Canada et aux États-Unis.

Source: 100 degrés

Eau pour tous!

Par Stéphanie Bérubé, La Presse

Dans la région de Québec, quelques écoles primaires de la commission scolaire de Portneuf ont vu leurs fontaines prendre du gallon. Les fontaines filtrent l’eau, l’endroit est agréable, invitant, et les élèves ont de jolies gourdes qu’ils peuvent remplir.

D’ici la fin de l’année, une douzaine d’écoles de cette commission scolaire pourraient participer au projet VisezEau mené par un groupe de chercheurs et d’intervenants en santé publique. Le but : sortir les machines distributrices de boissons sucrées et d’eau embouteillée des écoles. Et, ultimement, des habitudes de vie des jeunes. « Chez les adolescents, on a complètement perdu le contrôle avec les boissons énergisantes », estime Michel Lucas, professeur au département de médecine sociale et préventive de l’Université Laval, l’un des instigateurs du projet. « Les jeunes du primaire sont des vecteurs de changement dans la société », ajoute-t-il.

En modifiant les habitudes des enfants, il devrait y avoir une incidence directe sur la santé, estime le groupe derrière VisezEau. La leur, d’abord, et celle de leur famille si le goût pour l’eau devait se partager.

La condition physique des enfants des écoles participantes va être évaluée, au début du projet. Les élèves n’auront avec eux qu’une seule donnée :  leur niveau d’hydratation, livré sous la forme d’un pictogramme qui leur montre le niveau d’eau dans leur corps. On veut bien sûr éviter de mettre le poids au centre de la démarche, bien que la diminution du taux d’obésité soit l’un des buts que cherche à atteindre VisezEau. Les boissons sucrées étant une importante, voire la principale, source de sucre pour les enfants.

« C’est évident que ça va avoir un impact », estime Bernard Dagenais, professeur au département d’information et de communication de l’Université Laval, qui fait aussi partie du groupe qui défend VisezEau. « Il faudrait d’abord amener les jeunes à croire que l’eau du robinet est bonne et ensuite les amener à la boire », dit-il.

Il reste plusieurs étapes à franchir. La première, et non la moindre :  avoir le financement pour lancer le projet.

Chaque école doit réaménager ses fontaines pour avoir du matériel moderne qui offre une eau filtrée, donc sans contaminant ni métaux lourds. « Il faut valoriser son eau, dit Michel Lucas. La protéger et cesser de la mettre en bouteille. » On veut aussi faire un espace attrayant, avec des décalques au mur pour que les élèves aient envie d’aller faire le plein. Mais ce n’est pas tout : chaque élève aura droit à deux bouteilles à remplir et une cruche pour la maison.

Le groupe a déjà reçu 100 000 $ en financement des Instituts de recherche en santé du Canada pour son étude de faisabilité en cours et a sollicité le fédéral et le provincial pour la suite. Un investissement minimal de 1,5 million de dollars a été évalué pour lancer le projet dans les 36 premières écoles, toutes dans la région de Québec.

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